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Agriculteurs néerlandais : les damnés de la mondialisation

L’actualité récente en Europe a notamment mis en lumière les manifestations des agriculteurs néerlandais. Ceux-ci sont mobilisés contre le projet du gouvernement de réformer l’agriculture néerlandaise (et qui se solderait par des larges pertes dans ce secteur). Comme pour les Gilets jaunes en France, le gouvernement a décidé d’apporter la répression comme seule réponse.

Parallèles et reprises historiques

La mobilisation des agriculteurs néerlandais est en réalité plus ancienne que le printemps 2022. Dès le mois d’octobre 2019, ceux-ci étaient déjà dans la rue pour protester contre la politique du gouvernement visant à réduire la taille des troupeaux de bétail des éleveurs du pays. Cette mesure a été décidée afin de réduire les émissions de nitrogène, pour une large part due au secteur agricole (46 %[1]), qui détériorent les sols et préparent une crise écologique grave. Ce premier chapitre s’est achevé en février 2020 via l’intervention des forces de l’ordre. À l’époque, la répression est demeurée faible, se soldant par quelques arrestations.

Il faudra attendre juin 2022 (et le déblocage d’un budget pour la mise en place d’une réforme pouvant se solder par la fermeture de près de 30 % des exploitations de bétail[2]) pour que les manifestations reprennent. Celles-ci ont fait l’objet d’une réponse de l’État autrement plus sévère qu’en 2019-2020, puisque la police néerlandaise a ouvert le feu sur certains conducteurs de tracteurs (sans pour autant qu’il n’y ait à déplorer de blessés).

Le mouvement des fermiers au Pays-Bas n’est pas sans rappeler le Convoi de la liberté canadien (janvier-février 2022) ou le mouvement des Gilets jaunes chez nous. À chaque fois, le principe est le même : des actifs (le plus souvent des natifs du pays, par ailleurs) refusent la ponction fiscale et les politiques managériales et purement idéologiques qui se fait sur leur dos, qu’il s’agisse d’un agenda écolo mal placé, de l’hystérie covidiste ou du culte français pour la fiscalité confiscatoire. Et, à chaque fois, la réponse de l’État est la même : répression, surveillance et marginalisation médiatique.

L’autisme et la fureur

Qu’est-ce qui motive, en Europe, les dirigeants politiques à vouloir appliquer la même politique de massacre des actifs au nom de l’idéologie du Progrès, alors qu’à chaque fois celle-ci suscite des résistances ?

Comme expliqué dans un article précédent, les dirigeants de l’Occident sont tout entiers soumis aux impératifs du management de la mondialisation : le pouvoir politique n’est, pour eux, que l’outil qui permet de mettre en œuvre les deux impératifs de l’époque pour cette caste, à savoir la gestion saine et rationnelle de l’économie (quand bien même cette gestion repose sur des dogmes tels que celui du libre-échange) et la loyauté à la moraline du progrès, incarnée par le règne des spécialistes, la transition écologique (qui n’est qu’un terme poli pour désigner l’austérité à marche forcée) et la saignée à blanc des actifs pour financer tous les parasites de l’économie, qu’ils soient fraudeurs, fonctionnaire ou immigrés. Dans cette configuration, la volonté des peuples n’a que peu d’importance : la fonction des électeurs, c’est de valider les orientations du gouvernement par le biais des sondages et de voter pour la prochaine génération de managers (via le chantage au fascisme comme en France, lorsque nécessaire). Lorsqu’ils descendent dans la rue, les citoyens qui pensent résister à un projet politique ne se rendent pas compte qu’ils commettent un affront, non seulement contre le gouvernement en place, mais contre l’idée même du bon gouvernement, de la raison, de la tolérance, du progrès et du sérieux. En s’impliquant dans ces mouvements sociaux, leurs participants contestent le pouvoir des « sachants » et des « experts ». Qu’importe l’inflation rampante, la paupérisation, la destruction des libertés, la transformation de la société en champ de bataille entre les natifs et les fils de l’immigration : rien ne saurait faire changer d’avis la classe dirigeante de l’Occident.

Tout le projet de gouvernance porté par les « élites » de l’Ouest est une guerre permanente contre le peuple et les forces vives de la patrie : contre les actifs et les familles, contre les autochtones et les honnêtes gens, ils prennent le parti de la rente, de l’étranger, du caprice individuel et de l’hédonisme nihiliste. L’Europe doit se penser comme un territoire administré par une caste, qui n’a aucune attache ni aucune loyauté envers son peuple originel. Sans cette révolution intérieure, rien ne sera possible.

Clément Martin

[1] https://nos.nl/artikel/2306007-weer-een-week-vol-boerenprotest-een-overzicht-van-de-acties

[2] https://thewest.com.au/politics/dutch-farmers-block-roads-ports-in-demos-c-7404365

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