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Al-Andalus, l’imposture du « paradis multiculturel »

Al-Andalus était le nom donné à la péninsule ibérique sous occupation musulmane entre 711 et 1492. Les promoteurs de la société multiculturelle l’invoquent régulièrement pour se rassurer. Aujourd’hui, alors que même les plus optimistes d’entre eux commencent à douter, elle est toujours considérée comme un modèle. Un espoir de ce que pourrait être le « vivre ensemble » dans une Europe qu’ils rêvent plus « diverse ». Elle serait la preuve qu’ils ne sont pas trompés et qu’après les quelques menues difficultés actuelles, terrorisme et criminalité endémique, nous connaîtrons enfin des lendemains qui chantent.

L’ouvrage de Philippe Conrad qui vient de paraître est donc d’une absolue nécessité pour comprendre à quel point la représentation idéalisée d’Al-Andalus est une escroquerie intellectuelle. Auteur d’une Histoire de la Reconquista éditée aux PUF dans la collection « Que sais-je ? », Philippe Conrad est un fin connaisseur de cette période de l’histoire européenne.

D’où vient le mythe d’Al Andalus ?

Le mythe d’Al Andalus trouve ses racines dans la légende noire espagnole forgée par la propagande anglaise et néerlandaise au XVIème siècle. La Reconquista et l’Inquisition qui l’a suivi ont été diabolisées dans la cadre de la lutte entre protestants et catholiques. Plus tard, l’exotisme orientalisant en vogue au XIXème siècle a pleuré un monde « raffiné et tolérant » rayé de l’histoire par des barbares venus du nord. Ces dernières décennies, la propagande multiculturelle et la nostalgie de musulmans pour cette conquête passée ont ravivé le mythe. Plusieurs historiens espagnols ont dégonflé ces rêveries multiculturelles dans plusieurs livres universitaires qui font référence :

L’auteur commence par évoquer brièvement les querelles historiographiques qui entourent le mythe d’Al-Andalus. Le chapitre suivant résume en quelques pages l’histoire de la conquête arabe et celle de la Reconquista chrétienne. Après avoir posé le contexte, on rentre dans le cœur du sujet en évoquant la condition des dhimmis, c’est-à-dire les non musulmans sous domination musulmane.

Le terrible sort des dhimmis

Les populations vivant dans la péninsule espagnole n’ont dans un premier temps pas été massacrées, chassées ou converties de force. Au moment de la conquête, les effectifs arabes et berbères n’étaient pas suffisants pour faire fonctionner le pays. Soumettre la population autochtone afin de l’exploiter était bien plus profitable.

Les non musulmans étaient soumis à une loi différente, des impôts plus lourds et à de nombreuses mesures vexatoires et humiliantes. L’ensemble constituait un système de conditionnement redoutable qui n’offrait que deux alternatives, la soumission ou la conversion :

La responsabilisation collective des communautés dhimmis contribue également à la mise en place d’un conditionnement dévalorisant. La jurisprudence ainsi établie et les comportements sociaux fondés sur les préjugés conduisent à une pratique courante de l’humiliation, étroitement liée à la vulnérabilité qui est celle des « protégés » que la loi musulmane autorisait initialement à tuer ou exproprier, une vulnérabilité accrue par l’interdiction du port d’arme. Le dhimmi est ainsi amené à intégrer, dans la représentation de son statut, l’illicéité de son existence et la valorisation d’une loi islamique qui lui accorde la vie sauve.

Face à une telle oppression, les révoltes sont nombreuses dès les débuts de l’occupation arabe. En réaction, le massacre et la déportation des mozarabes (chrétiens vivant sur le territoire d’Al-Andalus) étaient courants.

Loin d’être un paradis multiculturel, Al-Andalus était une prison à ciel ouvert où les humiliations et les persécutions des non musulmans étaient érigées en système. Philippe Conrad en moins de 100 pages livre un ouvrage agréable et rapide à lire. Il s’agit d’un condensé de livres brillants mais exigeant une culture universitaire. Il est donc un outil de combat efficace à diffuser et offrir autour de vous.

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Jean-David Cattin

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