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Les 2 fonctions historiques d’Éric Zemmour

Au lendemain des élections législatives, et alors que les scores de Reconquête ! ont été un facteur de démoralisation pour nombre de soutiens du parti, l’heure est venue de faire les comptes. En réalité, le bilan de l’ancien journaliste politique est loin d’être mauvais. Si le succès électoral n’a pas été au rendez-vous pour lui, Éric Zemmour a cependant rempli un rôle historique qui pourrait s’avérer décisif pour les années à venir.

Le paratonnerre

Depuis l’accession de Marine Le Pen à la tête du Rassemblement national, la mécanique médiatique était claire : tirer à feu nourri sur la candidate de la droite nationale pour la discréditer. Citations tronquées, extraits sortis de leur contexte, création artificielle de « dérapages », dossiers de police médiatique révélant le passé sulfureux de certains militants, tout était bon pour surmobiliser l’électorat du front républicain.

En 2022, c’est Éric Zemmour qui s’est positionné comme le candidat radical de la lutte contre le Grand Remplacement. Fort logiquement, c’est lui qui a récupéré toute la foudre médiatique, subissant les techniques maintes fois employées contre le Rassemblement national. En servant de paratonnerre, le candidat de Reconquête ! a permis de lisser l’image de Marine Le Pen. Il a été la dernière pierre dans l’œuvre de la dédiabolisation du Rassemblement national. À ses propres dépens, bien entendu.

Ce phénomène illustre à merveille le principe de la fenêtre d’Overton : en se plaçant à la droite du RN, Éric Zemmour a mécaniquement participé à reporter celui-ci sur la gauche. Pour la première fois de son histoire, le parti de lepéniste a pu mener une « campagne normale » et ainsi apparaître aux yeux des électeurs indécis ou modérés en tant que « parti comme les autres ».

Indiscutablement, sans la présence d’Éric Zemmour pour encaisser les coups, le Rassemblement national n’aurait jamais pu capitaliser sur une image plus modérée pour parvenir à sa percée historique à l’Assemblée.

La transgression

Zemmour a été le premier candidat à l’élection présidentielle à oser employer le terme de Grand Remplacement pour désigner l’invasion migratoire que subit l’Europe, et à le considérer comme un danger existentiel qui appelait à une reconquête. L’emploi de ce terme, tout comme la proposition de mise en place d’un ministère de la Remigration ont causé la levée de bouclier des médias et des gardiens de l’orthodoxie… Mais le digue avait été brisée : un candidat à la présidentielle avait mis plus que n’importe quel autre depuis 20 ans au moins la question migratoire au centre du débat, et ce de façon radicale. Certes, le pari zemmourien de gagner l’élection sur cet enjeu a été un échec, mais il demeure qu’il apparaît comme difficile d’envisager que les prochaines élections ne se structurent pas autour de cette question. Le cas d’Éric Zemmour est finalement proche de celui de Barry Goldwater, le candidat républicain aux élections présidentielles de 1964. Malgré une défaite cinglante contre le candidat démocrate Lyndon B. Johnson, Goldwater a posé les bases de ce qui deviendrait la nouvelle ligne idéologique du parti républicain pour les décennies à venir, un mélange de conservatisme social et de libéralisme économique radical. 16 ans plus tard, cette nouvelle synthèse trouverait son incarnation dans l’élection de Ronald Reagan, dont les deux mandats ont profondément et durablement marqué la politique américaine.

On peut faire un pari similaire pour Éric Zemmour, ou plutôt pour ses idées. Les axes de Reconquête (tels que définis par son candidat[1]), à savoir la défense de l’identité, la protection des libertés économiques et l’opposition à la déconstruction pourraient devenir, dans le contexte actuel et à venir, la proposition politique gagnante.

La situation politique pour la droite française est incertaine en ce qui concerne les Républicains et Reconquête !. Ce qui est certain, c’est que le monopole du Rassemblement national sur le segment national est réaffirmé et que son statut comme grand parti de l’opposition de droite à Macron est en passe d’être validé.

Ce qui est certain, c’est que la candidature d’Éric Zemmour a constitué un jalon dans l’histoire politique de la France du xxie siècle. Il apparaît comme celui qui, d’une façon qu’il ne concevait probablement pas lui-même, a permis de débloquer la donne politique à droite.

Clément Martin

[1] https://twitter.com/ZemmourTV/status/1539702310103912448?s=20&t=OqfucdKqhQheKnFNwNbf0Q

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