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Non, Macron n’est pas libéral

C’est un refrain devenu classique dans le commentariat français : qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse, une chose est sûre concernant Emmanuel Macron : c’est un président libéral. Pour certains, il est un « néo » voire « ultralibéral », pourfendeur de la dépense publique et ayatollah de la privatisation. Pour d’autres, il est un réformateur raisonnable, aussi libéral que possible dans un pays à la mentalité soviétoïde solidement ancrée. Ces analyses obsolètes témoignent de la difficulté plus globale à juger les appartenances politiques selon les enjeux et les clivages réels du xxie siècle plutôt qu’à l’aune d’idéologies du xixe siècle, essentiellement dépassées aujourd’hui. Il ne s’agit pas ici de souhaiter que Macron fût un président libéral, mais d’identifier ce qu’il est véritablement.

De la part d’un président libéral, on s’attendrait à voir au moins deux grandes orientations politiques se mettre en place : la protection des libertés individuelles et la maîtrise de la dépense publique couplée à la réduction du périmètre de l’État. Sur ces deux plans, le quinquennat de Macron a été un échec cuisant.

L’État thérapeutique à l’assaut des libertés

La répression brutale dont les Gilets jaunes ont fait l’objet fut un avant-goût du caractère autoritaire du gouvernement : face à un mouvement populaire d’ampleur, justifié par une saignée fiscale devenue insupportable pour les classes moyennes et populaires, la seule réponse du « Mozart de la finance » fut le déploiement des CRS et l’usage du LBD, dans un théâtre médiatique qui, s’il s’était produit en Hongrie, se serait soldé par la diabolisation absolue et immédiate habituelle. Mais en France, les vendeurs de papier ont la courtoisie de respecter ceux qui les subventionnent (117 millions d’euros prévus pour 2022[1]).

La violation des libertés publiques a véritablement atteint son paroxysme lors de la pandémie de Covid-19 : si l’on peut pardonner les balbutiements du gouvernement lors des premiers mois suivant l’apparition du virus (les informations étant rares et peu sûres), il est indéniable que les politiques de confinement, de port forcé du masque forcé, d’attestation de sortie et de pass vaccinal sont issues d’un choix délibéré, consistant (entre autres) à sacrifier les libertés les plus fondamentales des actifs démobilisés pour draguer un électorat de retraités terrifiés et d’urbains hypocondriaques. Qu’importent les dégâts subis par les enfants et étudiants, la précarité pour les actifs ou la détresse des Français à qui l’on interdisait de rendre visite à leurs proches hospitalisés – le plus important, c’est de quadriller un peuple tout entier pour une maladie qui se soldait par moins de 1 % d’hospitalisation pour les moins de 14 ans[2]. Rajoutons à cette liste la « loi anti-fake news » adoptée en 2018[3] (véritable mécanisme de contrôle de l’information), la loi sécurité globale ou encore les très nombreuses dissolutions prononcées par le gouvernement (plus que n’importe quel autre gouvernement de la Ve République). Fin de partie.

La gabegie à visage humain

Sur le plan économique, plutôt que de laisser les Français gagner leur vie, le quinquennat Macron s’est distingué par une avalanche de taxes (8 nouveaux impôts depuis 2017[4]), de chèques (alimentation, pass culture), de subventions en tous genres, et, in fine, par une explosion de la dette (+ 600 milliards[5]).

Et le Covid n’est pas une excuse satisfaisante pour expliquer cette profusion de largesses : un tiers seulement de la dette est motivé par des dépenses liées à la pandémie. D’ailleurs, ces dépenses Covid ne sont que le résultat d’une politique d’enfermement et d’arrêt de l’économie, destinée à brosser les retraités dans le sens du poil. Pas une fatalité, donc. Comme d’habitude, les discussions sur les dépenses n’évoquent jamais l’immigration : l’AME a franchi le cap symbolique du milliard d’euros en 2020[6] et les estimations, toujours difficiles à produire, s’accordent à dire que les immigrés sont un poids pour notre économie[7]. Et comme d’habitude, ce sont les contribuables (et notamment les actifs) qui devront régler la note. Trop normaux pour avoir le droit de protester, trop atomisés pour se mobiliser efficacement, les « Blancs qui bossent » sont l’Atlas de ce pays. Et si Atlas venait à hausser des épaules, qui sait ce qui adviendrait…

Celui qui se présentait comme le candidat de la réduction de la dépense n’a été que le clone de ses prédécesseurs sur le plan économique. Sa seule innovation tient à sa politique répressive, au nom du maintien de la République et de la « bonne gestion » du pays. En cela, il a tout à fait raison de se réclamer de l’ « extrême-centre[8] » à propos duquel nous avions déjà consacré un article[9].

Macron : un manager à la présidence

Pour pouvoir qualifier politiquement Macron, il est nécessaire de traverser l’Atlantique et de s’intéresser aux analyses des paléoconservateurs, quasiment inconnus en France, mais qui sauront nous apporter des éléments de réponse. Un homme en particulier nous donne des pistes pour comprendre le phénomène Macron.

James Burnham (1905-1987) est un essayiste américain, formé dans la mouvance trotskiste avant de passer du côté des conservateurs. Dans L’Ère des organisateurs[10], Burnham prophétisait que son époque verrait la venue d’un nouveau type de système économique qui signerait la fin du capitalisme, mais qui n’aurait rien à voir avec le socialisme. Ce nouveau système, issu de la bureaucratisation du capitalisme, donnerait la part belle aux organisateurs (ou managers), nouvelle classe à mi-chemin entre le prolétariat et la bourgeoisie. Si les managers ne possèdent pas les moyens de production, ce sont eux qui les contrôlent et en assurent la gestion. Les managers sont moins caractérisés par leur niveau de richesse que par leur proximité avec la gestion concrète de l’économie et de la bureaucratie, notamment révélée par leurs diplômes et leurs réseaux professionnels. Imperméables aux frontières entre le monde du public et du privé, ils constituent une classe à part, dont la vision du monde est une résultante de leur rôle économique et social. Étrangers aux concepts de peuple, de classe, de nation ou de philosophie, les managers incarnent les gardiens d’un ordre technocratique et mondialisé, dont la mission est la recherche de l’efficience et la recherche de l’optimisation économique. Fondamentalement, les managers ne se reconnaissent que de façon distante dans les grandes idéologies du xixe siècle : du libéralisme, ils retiennent l’idée de la supériorité de l’économie de marché sur l’économie socialisée et de la démocratie représentative sur les autres formes du gouvernement, mais ne souscrivent ni à la souveraineté de l’individu ni à celle du corps politique, dont les passions mèneraient au désordre ; du socialisme, ils prélèvent l’idéal scientiste de la gestion comme horizon indépassable de la résolution des affaires humaines et la croyance dans un monde uni et débarrassé des scories du nationalisme, de l’identité et des radicalités religieuses. L’idéologie (monocolore) des managers peut ainsi donner naissance à des synthèses difficilement conciliables dans la vieille opposition libéralisme/socialisme : pour eux, il est logique de coupler la mondialisation économique (dont le libre-échange est un dogme fondateur) avec un État-providence généreux ou encore l’adhésion aux valeurs de la modernité occidentale avec l’immigration de masse de populations radicalement opposées à ces valeurs. Enfin, leur appel constant à défendre la liberté et l’égalité se conjugue sans difficulté avec une politique d’anarcho-tyrannie[11] quasiment assumée.

Cela ne vous rappelle personne ?

La permanence du qualificatif de « libéral » pour désigner Macron est en réalité un cache-misère sémantique : de part et d’autre de l’échiquier politique, les commentateurs préfèrent s’attarder sur une étiquette inadaptée, tant que celle-ci permet de produire un discours politique utile, à la fois pour les antilibéraux de gauche comme de droite, plutôt que de produire une analyse novatrice. Bien sûr, la vieille gauche paléo-marxiste est encore puissante en France (universités, France Inter, monde culturel), mais leur règne touche bientôt à sa fin (renouvellement générationnel oblige). De la même façon, les antilibéraux de droite se trompent en fustigeant l’ultralibéralisme ambiant comme source de tous nos maux, alors que l’État n’a jamais été aussi obèse et que chaque parcelle de notre vie n’est qu’un territoire potentiel pour sa surveillance et son ingénierie.

Celui qui veut prétendre changer le monde doit d’abord s’efforcer de le comprendre : les vainqueurs des luttes politiques en cours et à venir ne pourront obtenir la victoire qu’en s’émancipant des schémas politiques dépassés. Une des forces de Macron et du système managérial (le nouveau « système à tuer les peuples ») est d’encourager l’emploi de vieilles catégories d’analyse pour empêcher de le cerner.

Ce travail de compréhension est la première étape du combat pour la renaissance de notre civilisation.

Clément Martin

[1] https://www.leparisien.fr/economie/les-aides-a-la-presse-ne-concerneront-que-les-medias-qui-emploient-des-journalistes-23-12-2021-6PS45OYIQJEGBBC7IPDS5R7WCI.php

[2] https://sante.journaldesfemmes.fr/fiches-maladies/2622115-victime-covid-france-profil-age-homme-femme-plus-jeune-celebre-nombre-bilan-cas-deces/

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_contre_la_manipulation_de_l%27information#Principales_mesures_de_la_loi

[4] https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/un-cabinet-d-audit-a-comptabilise-8-nouveaux-impots-depuis-l-election-de-macron_1977959.html

[5] https://www.ladepeche.fr/2022/04/21/vrai-ou-faux-debat-macron-le-pen-600-milliards-de-dette-abaissement-de-la-tva-retour-sur-les-affirmations-des-candidats-10250426.php

[6] https://www.infomigrants.net/fr/post/28982/le-cout-de-laide-medicale-detat-ame-passera-la-barre-du-milliard-deuros-en-2021

[7] https://observatoire-immigration.fr/jean-paul-gourevitch-immigration/

[8] https://www.lunion.fr/id362586/article/2022-04-18/emmanuel-macron-sur-france-culture-pour-defendre-son-projet-dextreme-centre

[9] https://les-identitaires.fr/articles/tribunes/le-crepuscule-des-centristes/

[10] L’Ère des organisateurs, Paris, Calmann-Lévy, coll. « Liberté de l’Esprit », 1947, traduit par Hélène Claireau (éd. originale : New York, 1941).

[11] https://www.polemia.com/laxisme-et-tentations-totalitaires-de-letat-quest-ce-que-l-anarcho-tyrannie/

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